Homélies

Homélie du dimanche  9 juillet 2023 (Lecture du livre du prophète Zacharie(9,9-10) -Lettre de St Paul apôtres aux Romains ( 8,9 ;11-13) et Saint Matthieu (11, 25-30)

 

« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre » Zacharie  9, 9-10)

Fille de Jérusalem, Voici ton roi qui vient à toi :
il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne,
Ce roi fera disparaître les chars de guerre; il brisera l’arc de guerre, et proclamera la paix aux nations.

Selon la chair, vivre selon l’esprit

  1. Que signifie pour Paul, vivre selon la chair et vivre selon l’esprit ?

Je crois que vivre selon la chair pour lui pourrais signifier être dirigé par des choses, certes importantes et nécessaires, mais qui ne sont pas de valeurs ultimes. Tandis que vivre selon l’Esprit, c’est vivre ancré dans la Source même de vie.

Ainsi, dans la logique de Paul, la sexualité par exemple n’est pas à ranger dans la catégorie charnelle et méprisable de ce bas-monde. La sexualité peut être vécue de manière charnelle lorsqu’elle est recherche égoïste de sois.

 

De même, nous pourrions dire que tout ce qui constitue notre quotidien, peut être vécu soit selon la logique de la chair, soit selon la logique de l’esprit. Supposons, par exemple, que notre vie soit orientée vers la réussite de notre carrière professionnelle. Un objectif sérieux et combien important…

Cependant, quand cet objectif devient LE centre essentiel de notre existence,

 

  • quand l’échec dans notre travail devient un désastre qui remet en cause notre existence même,
  • quand la crainte qu’un tel désastre puisse se produire un jour nous pousse à tout faire pour nous protéger contre lui, pourvu que nous nous assurions que l’échec ne se produise jamais,
  • quand ainsi toutes nos énergies, nos centres d’intérêts, nos sentiments et nos relations sont orientés vers notre carrière et vers la prévention d’un éventuel échec, … N’est-elle pas là, l’indice que nous vivons selon la chair ?

 

J’ai pris l’exemple du travail, mais nous pourrions aussi prendre d’autres exemples. Nous pouvons être liés à nos familles, à nos loisirs, à nos engagements associatifs, ecclésiaux « selon la chair »

 

Le travail, la famille, les engagements, la foi ne sont des choses mauvaises en soi. Ce qui est mis en question, c’est plutôt la relation que nous tissons avec chacune d’elles.Quand Paul nous invite à vivre selon l’Esprit, à nous accorder aux tendances de l’Esprit, il nous invite à nous relier à nos familles, à notre travail, à nos loisirs, à nos engagements sans en faire des idoles, car chacune de ces choses est une partie de la vie et non le tout de la vie, non la source de la vie.

 

Quand Paul nous invite à vivre selon l’Esprit, il nous invite à chercher un point d’ancrage plus loin que toutes ces choses; et quand il parle de Dieu, il parle de ce point d’ancrage, qui, quelleque soient les crises que nous ayons à traverser, sera toujours là.

Je pourrai être viré de mon travail, renié par ma famille, incapable de continuer à assumer le moindre engagement, je garderai encore et toujours une dignité et une valeur, car ma valeur et ma dignité ne dépendent pas de manière ultime de mon travail, de ma famille, de mes loisirs, de mes engagements, mais ma valeur et ma dignité s’ancrent dans Celui qui demeure quand tout s’effrite et passe.

 

 

  1. Après l’ancrage, venons-en à présent à mon deuxième point : la patience.

Au fur et à mesure que nous vivons dans l’Esprit, nous n’abandonnons rien de ce qui constitue notre quotidien. Nous continuons de faire la lessive, de travailler, de nous engager, de vivre des moments de tendresse, de prendre soin de nos familles. Cependant, nous nous y attachons d’une autre façon.

 

Par exemple, imaginons la situation suivante : Un enfant qui est la chair de notre chair ne nous rend pas ce que nous espérions….

 

Essayer de vivre cette situation selon l’Esprit, c’est prendre le temps de nous ancrer et puiser notre énergie dans un noyau plus profond…. Alors, la grâce qui nous sera faite, ce n’est pas la résolution miraculeuse de la situation, mais de sentir en nous, grandir une patience nous rendant capable de vivre la frustration sans vaciller. Grâce à cette patience, nous pourrons laisser notre enfant faire son chemin sans le charger de nos déceptions et nos attentes.

 

Nous restons bien sûr en lien avec notre enfant, mais nous vivons ce lien non pas selon la chair, c’est à dire en ne faisant pas de notre enfant, prisonnier de nos attentes et reves…. ce qui a souvent comme effet de mettre une telle pression sur cette relation qu’elle en devient un noeud où la vie ne circule plus.

 

Mais nous vivons ce lien selon l’Esprit, c’est à dire que ce qui focalise notre attention, ce n’est pas notre enfant qui nous résiste, qui nous pose problème, c’est plutôt Celui qui demeure quand tout s’effrite et passe. Cette orientation différente de notre attention laisse ainsi de l’espace pour que, dans notre relation, l’esprit puisse souffler, faire évoluer les êtres et dénouer les situations.

 

Alors ancrons-nous en Dieu afin de ne pas sur-investir d’attentes et de besoins notre quotidien. Oui, ancrons-nous en Dieu et nous deviendrons capables d’accueillir ce quotidien avec toutes ses imperfections, sans que ces imperfections nous empêchent d’apprécier les bonnes choses que notre quotidien recèle, sans que l’ivraie ne nous empêche de laisser pousser le bon grain.

Amen        P. Charles, Sdb

ÉVANGILE selon saint Matthieu

« Père, Seigneur du ciel et de la terre,
je proclame ta louange :
ce que tu as caché aux sages et aux savants,
tu l’as révélé aux tout-petits.

Venez à moi,
devenez mes disciples,
et vous trouverez le repos pour votre âme.